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La Salle des pas perdus du Palais des Nations

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Le site internet du Palais des Nations (http://www.unog.ch/) propose d’en faire une visite virtuelle, comme font les lieux qui veulent attirer des publics distants en clarifiant leur image. Elle prend une forme datée, figée dans le temps, presque contraire au rôle d’une institution consacrée à l’avenir d’une Société. En insistant sur sa valeur historique, elle l’identifie comme doyenne et référence des organisations, et s’adresse au touriste, et non à l’usager invité à y travailler par défaut. C’est un point de départ pour une étude des diplomaties secrètes.

 

Entrons, et visitons virtuellement cette pièce par laquelle commence le tour : la salle des pas perdus, « le Hall, le plus important du bâtiment ».

La photo architecturale qui introduit l’article montre la pièce dans sa longueur, là où la perspective sert le mieux des proportions démesurées : d’un côté, des fenêtres monumentales rythment l’espace et l’ouvrent (sur la Cour d’honneur, le Lac Leman et le Mont-Blanc, nous dit-on); de l’autre, une rangée de colonnes isole un passage vers la Salle des Assemblées. L’apparence de la structure est renforcée par la succession de poutres au plafond qui appuie son rythme jusqu’au point de fuite de la porte de sortie, tandis que le motif au sol gomme le peu d’asymétrie que pouvait contenir la pièce en marquant l’allée entre les deux portes d’un tapis lustré: un rectangle terre de sienne bordé de noir sur fond gris céladon, orné en son centre de deux étoiles superposées (une blanche et une noire) comme les flèches d’une rose des vents, guide le flux de travailleurs. Après une brève allusion aux célébrités qui l’ont foulé, le texte précise que ce hall est le lien entre le nouveau et l’ancien bâtiment du Palais des Nations, et donc le lieu de passage obligé des délégués et du personnel. Elle leur sert de repère, dans une traversée de près d’1km.

Au mur trône une peinture murale monumentale. Il s’agit d’une des deux toiles de l’artiste française Anne Carlu (1895-1970) « Guerre » et « Paix », un don que son mari aurait fait aux Nations Unies à sa mort. Selon le texte, elles auraient suivi l’Organisation depuis une annexe dans le Palais Chaillot à Paris dont elles auraient ramené le nom à Genève : la Salle des pas perdus.

 

À ce stade de la visite, on peut concevoir ce lieu comme un ensemble de concepts très généraux liés au rôle d’un bâtiment diplomatique : Monumentalité, Orientation, Rencontre, Guerre, Paix…  Que dire d’une salle dont le nom est emprunté (avec une oeuvre) à une autre si ce n’est pour associer leurs caractéristiques? Pourtant et c’est ce qui est notable: il s’y développe une activité singulière.

 L’historique de la pièce ne comprends pas de discours, d’évènements ou de cérémonie : il nous raconte l’Histoire en faisant état de l’atmosphère qui a régné lors des crises successives de l’institution : noire et électrique en 1930 (« L’ambiance en ces lieux était plus sombre à la fin des années 1930, lorsque planait l’ombre menaçante de la guerre qui a peu à peu recouvert l’Europe et l’Asie. »), et de nos jours paisibles (« Aujourd’hui, l’ambiance qui y règne est plus joyeuse »). Ainsi cet entre-deux donnent-il l’expression sensible de la marche du monde, en marge des salles où l’on doit rester de marbre.

Par ailleurs, sur la plupart des éléments visuels de la visite, la galerie est utilisée pour des expositions (des modules plus ou moins éphémères occupent l’espace : cloisons, socles, vitrines). Dans une note historique, on apprend qu’elle aurait servi à protéger une grande partie des collections du Prado de Madrid pendant la guerre civile espagnole, de 1936 à 1939, aux derniers jours de la Société des Nations. À l’heure d’une nouvelle crise iconoclaste, serait-ce une histoire à ranimer?

 

« La Salle des pas perdus est rarement silencieuse (…) on a le sentiment d’être au cœur du Palais. ». En marge des cadres institutionnels, les choses sont un peu moins formelles, on sort des rôles représentatifs. Ces lieux où les choses redeviennent sensibles ont une part admise dans les processus diplomatiques au point qu’en continuant cette visite (virtuelle), on passe en alternance des salles de conférences aux salons particuliers.

 

Référence :

UNOG, Le Palais des Nations, un tour virtuel, [en ligne] (page consultée le 11 février 2015) < http://www.unog.ch/virtual_tour/palais_des_nations.html>.