Méthodes et langages de communication des organisations internationales et leurs efficacités dans un contexte complexe de pluralités multiples

Texte écrit par Odile Khoury

A priori, la raison d’être des organisations internationales serait d’assister tout peuple en difficulté. Difficulté qui pourrait provenir de crises sociale, économique, culturelle, naturelle, politique ou militaire, médicale, etc. Il est très logique et naturel que l’être humain se penche sur son semblable en difficulté afin de tenter de lui porter secours en essayant de le sortir au mieux, sinon d’atténuer les effets de la crise dans laquelle il baigne, dans la mesure du possible. Ceci serait un phénomène social normal, puisque d’une part la partie qui porte secours se sent plus puissante, meilleure, plus généreuse lorsqu’elle aide autrui ; son image à ses propres yeux embellit. Ses acteurs sont alors valorisés face à eux-mêmes, ils sont alors déchargés d’une grande part de la culpabilité incompréhensible mais imminente, qui accompagne naturellement tout succès.

Le secouru est à son tour réconforté, se sentant moins seul face à son angoissante crise, s’attend souvent à voir se dissiper complètement ses ennuis, pensant souvent au pouvoir magique de l’internationalisation de l’appartenance des organisations auxquels ces mêmes secours sont affiliés. Ceci n’est pas toujours chose aisée puisque le double tranchant de cette expectation est non seulement lourde de responsabilités mais dépend également d’une panoplie de facteurs souvent assez complexes et imposés par la crise elle-même mais aussi, du rapport entre le secouriste et le secouru, rapport dont la communication en est le cœur battant.

Or, lorsque nous sommes en position de stabilité, nos préoccupations et nos priorités évoluent dans un sens très différent que lorsque nous baignons dans un problème : vivre (ou même survivre) d’abord, philosopher ensuite « Primum vivere, deinde philosophari ».

La lutte pour assurer un contexte du minimum vital n’étant pas le meilleur facteur pour s’éduquer, évoluer, tolérer ou prendre le temps de communiquer convenablement et avec efficacité, les peuples sous crises à durée et intensité inégalement constante, ont souvent des lacunes à ce niveau et ne ressemblent pas vraiment aux standards connus des sociétés « plus favorisées » de ce point de vue ; leur manière de concevoir les choses et leurs méthodes de communication rudimentaires à la bases ou qui peuvent le devenir une fois soumis à un danger et donc moins souples, risquent alors de dévier, prenant des tournures diverses, allant même jusqu’au non-discernement entre organisations d’aide et ennemis, jetant la faute sur le dos d’autrui, autrui étant toute personne ne faisant pas partie du cercle sinistré; des sujets comme « ils », « on » et « eux » vagues mais lourds de sens accablent un inconnu tenu responsable de leurs malheurs. Ils s’empêtrent alors dans leurs problèmes qui deviennent de plus en plus complexes, une difficulté entrainant une autre, s’enlisent dans des méandres boueuses et s’enfoncent dans un labyrinthe brouillardeux qui les entrainent à commettre des actes non-acceptables non seulement dans la conception des sociétés évoluées, mais également chez tout peuple non soumis à la pression de la souffrance ou la peur de l’inconnu. Ce qui ne manque pratiquement jamais de leur faire perdre quelque peu les notions de logique élémentaire comportementale et un peu plus la bienséance propre aux humains.

La réflexion que je voudrais faire serait celle d’observer le contexte libanais dans lequel de multiples crises s’enchevêtrent pour composer une sorte de puzzle chinois solvable certes, mais de difficulté assez importante.

Je propose donc d’étudier à travers l’histoire, d’une part la communication des organisations internationales présentes au Liban et dont le but connu est d’y adoucir les conditions de vie et d’autre part la complexité des multiples communautés de ce pays, où langues, affiliations et croyances sociales, politiques et religieuses et alliances temporaires ou durables rendent difficiles l’échange entre les différents pôles et acteurs intrinsèques au contexte du pays. Comment peut-on communiquer avec efficacité avec cet ensemble à facettes multiples, dont les facettes sont confrontées à des difficultés de communication entre elles.

Les stratégies de communication adoptées par les Organisations Internationales et qui suivent les normes très logiques pour des personnes dont « la vie » est un acquis et qui peuvent donc se permettre de philosopher, donc de se travailler pour se raffiner sur le plan culturel, social, étique et civil ne sont en général pas si évident pour des personnes encore brutes (rough), parce que leurs priorités changent. Ceci entraîne une mauvaise compréhension, voire une déformation, une mal-communication et par conséquent amoindri ou retarde la mission des OI et les plonge même souvent dans de regrettables résultats. Exemple de la FINUL, dont le rôle principal est de maintenir la paix dans le Sud Liban, qui sont régulièrement victimes d’embuscades et d’attaques parce qu’une partie de la communauté qui les entourent les perçoit mal, les comprend mal, les accepte donc souvent mal pour différentes raisons dont cette affiliation à l’international mentionnée ci-dessus et qui, aux yeux de ces gens détient un grand pouvoir, capable de les tirer de leur misère.

Tracer et analyser les diverses formes de communication visuelle, logos, signes, affiches, photos, etc., outils de ces organisations internationales pour communiquer avec, d’une part la communauté internationale, et d’autre part ces individus sous crise de cultures si différentes et en analyser l’efficacité. Ces formes de communication étant nées et s’étant développées dans un milieu dont la complexité n’a quasiment pas de terrain de ressemblance avec la complexité des terrains où elles opèrent méritent un regard pour essayer de comprendre pourquoi les secouristes de la Croix-Rouge se font attaquer, les soldats de la FINUL, dont le rôle principal est de maintenir la paix dans le Sud Liban sont régulièrement victimes d’embuscades et d’agressions parce que la communauté qui les entoure les perçoit mal, les comprend mal, les accepte donc mal. Y aurait-il un langage universel sinon un langage plus adéquat, « toléré » par les différentes communautés de ce pays qui rétablirait le rapport d’équilibre entre l’éthique et la politique, ainsi qu’entre les différents partis, supposés être tous du même bord et mettrait fin aux violentes manifestations incompréhensibles si nous tenons compte du rôle visible des organisations internationales ?

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